2015 – Velay Vivarais : Lavaudieu, Brioude, Le Puy en Velay, Moudeyres et Chaudeyrolles :

En complément des visites de l'ancienne abbaye bénédictine féminine de Lavaudieu, de la basilique Saint Julien de Brioude, de la ville du Puy en Velay, étaient prévus aussi des moments de découvertes et d'échanges,

  • avec les diaconesses de Reuilly, installées dans le petit village du Mazet St Voy, qui après l'édit de Nantes, sera le seul lieu de culte avec le Chambon, pour les protestants.
  • avec la conservatrice du Lieu de mémoire au Chambon sur Lignon, lieu unique dédié à l'histoire des Justes et des résistances non violentes sur ces hauts plateaux pendant la seconde guerre mondiale
  • avec une responsable de l'association "ENQUETE", qui nous a présenté les outils crées pour aider les jeunes à découvrir la laïcité et le fait religieux, dans le but de favoriser la coexistence apaisée des différentes convictions religieuses ou a-religieuses

VOYAGE  EN VELAY  des 1, 2 et 3 juin 2015   – compte rendu paru dans le bulletin n° 19

Nous étions 41 à partir le lundi ler juin, pour trois jours de découverte d'une région proche de chez nous, à moins de 300 km, une région passionnante marquée par l'histoire, le relief et la richesse de son patrimoine – là où se croisent aujourd'hui encore, des pèlerins de St Jacques de Compostelle, des artistes comme Kim en Joong, des hommes et des femmes qui de part leurs engagements nous rappellent que cette terre a été marquée par un élan de solidarité naturel pour cacher et sauver des enfants juifs pendant la guerre, mais aussi pour parler aujourd'hui de la connaissance de la diversité des cultures et religions dans les écoles.

En passant près de Saint-Etienne, Olivier nous a fait découvrir les particularités de ce coin de France, sur le plan géologique déjà, avec les "chirats"… (Lors de la dernière glaciation, les versants nord au-dessus de 900 mètres ont vu se former des éboulis rocheux appelés localement chirats et qui peuvent recouvrir plus d'un kilomètre de versant.). Avec 171 500 habitants en 2012, Saint Etienne est la 14e commune la plus peuplée de France et la 2e commune rhônalpine, derrière Lyon dont elle est distante de 50 km à vol d'oiseau. Longtemps connue comme étant la ville « de l'arme, du cycle et du ruban », et au centre de ce qui était au XIXe siècle le premier bassin houiller de France, Saint-Étienne est actuellement engagée dans un vaste programme de rénovation urbaine visant à conduire la transition du stade de cité industrielle héritée du xixe siècle à celui de « capitale du design » du xxie siècle. Cette démarche a été reconnue avec l'entrée de Saint-Étienne dans le réseau des villes créatives UNESCO en 2010.

Arrivée à  Lavaudieu,  village médiéval " classé parmi  les "plus beaux villages de France"… visite de l' ancienne abbaye  bénédictine féminine,  sœur de La Chaise Dieu,  dont il ne reste que le cloitre roman de grande pureté et une abbatiale qui abrite un ensemble exceptionnel de peintures murales.

 

Vitrail de Kim en JoongPuis l'après-midi Brioude , " ville ensoleillée et colorée où chaque pierre évoque un passé riche et mouvementé " – visite de  la basilique St Julien, une des plus belles églises romanes d'Auvergne, chef d'œuvre d'architecture, et qui possède  depuis 2007, un ensemble de verrières créées par le frère dominicain sud-coréen Kim en Joong , "création majeure tant au plan artistique que spirituel". Cette œuvre est la plus importante réalisée ces dernières années par la surface des baies (37 vitraux pour 160 m2) qui créent des jeux de lumière magnifiques sur les colonnes et les sols polychromes.

En soirée, nous étions au Puy en Velay, un des plus beaux sites de France, de part sa situation géographique et son histoire à travers les âges, avec sa cathédrale inscrite au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco. La visite se fera le lendemain matin pour un groupe alors qu'un autre groupe "escaladera" et visitera le rocher St Michel d'Aighuile, avec sa chapelle au sommet.

En logeant à la "maison Saint Georges" près de la cathédrale, cela nous a permis de dialoguer avec des "pèlerins" sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle et de les inviter à la soirée de partage que nous avions prévue, sur le thème de 'la place et du sens des pèlerinages aujourd'hui'. Plusieurs ont pu témoigner de ce qu'ils avaient vécu, des belles rencontres qu'ils avaient faites et dire aussi pourquoi ils partaient sur ce chemin.

Les plus courageux du groupe sont sortis pour une visite nocturne de la ville illuminée.

Les matinaux ont assisté le lendemain matin à la cathédrale, à la messe suivie de la bénédiction et de l'envoi des pèlerins de ce jour, (ils étaient environ 150 à partir).

L'après-midi du mardi, direction le plateau du Velay, avec visite du village de  Moudeyres et la ferme des frères  Perrel.  Isolé, à l'écart des grands axes routiers, ce hameau a préservé une architecture de grande harmonie. La visite de la "ferme-musée des Frères  Perrel" permet de comprendre les astuces de ce type d'habitat formidablement bien adapté à la vie rurale en moyenne montagne. Au cours des temps, de nombreuses chaumières sont parties en feux de paille et ont été remplacées peu à peu par des toitures plus pérennes en pierre de phonolite : les lauzes. A Moudeyres, meules de chaume et carapaces de lauze se côtoient encore.

La rencontre marquante fut certainement celle avec les diaconesses de Reuilly, installées dans le petit village du Mazet-Saint-Voy, qui, après l'édit de Nantes, était le seul lieu de culte avec le Chambon, pour les protestants.

* j'ai aimé ce partage de vie avec ces personnes dont j'ignorais l'existence.

Premier temps de découverte autour d'une vidéo expliquant leur implantation dans ce village et leurs activités, puis deuxième temps de partage en petits groupes, avec une ou deux sœurs, pour approfondir leur connaissance, dire aussi ce qu'est Unidivers pour nous, et troisième temps de prière dans la petite chapelle qui se trouve à 300 m de leur habitation, où nous irons à pied, en continuant notre échange avec elles. Un bon moment de partage et d'amitié en vérité.

Nous passerons la soirée dans un très bel hôtel, près du Chambon sur Lignon, située dans les monts du Vivarais, à l'est du Velay. Ce village marque le début des Cévennes. Ville huguenote depuis le xvie siècle dans le Massif central, la commune et sa région sont très tôt une station touristique et un centre d'accueil pour les enfants et dans les années 1930 pour les réfugiés espagnols, via le collège Cévenol. La commune et l'ensemble du plateau Vivarais-Lignon accueillent également des réfractaires au STO au début de la  seconde guerre mondiale et se rendent surtout célèbres par l'action de leurs habitants pour aider les Juifs  fuyant les persécutions nazies et le régime de Philippe Pétain pendant cette guerre.

C'est pourquoi le mercredi matin sera consacré au "Lieu de mémoire", lieu unique dédié à l'histoire des Justes et des résistances non violentes pendant la seconde guerre mondiale.

En alternance, un groupe partira avec la conservatrice du lieu, pour circuler dans le musée et bénéficier de ses connaissances pour mieux comprendre pourquoi ce village, cette région ont pu aussi massivement répondre à une aide d'urgence auprès d'enfants et d'adultes pourchassés par une idéologie ignoble.

Un autre groupe avec une responsable de l'association "ENQUETE", Danielle André, découvrira sous forme d'un jeu, les outils créés pour aider les jeunes à vivre la laïcité et mieux comprendre le fait religieux, dans le but de favoriser la coexistence apaisée des différentes convictions religieuses ou a-religieuses. "ENQUETE" est agréée par l'éducation nationale pour intervenir dans les écoles.

*La rencontre au lieu de mémoire nous a fait toucher concrètement que le courage ne s'est pas révélé par magie, mais qu'il y avait un esprit d'ouverture, de tolérance sur cette terre d'accueil depuis longtemps. La force de résister à l'injustice, à l'intolérance a été incarnée par tous ces gens du plateau qui ne se sont pas résignés.  Beaux modèles pour nous aujourd'hui, mais quelles exigences  !

De retour à midi au Mazet-Saint-Voy au "CENTRE LA COSTETTE",  entouré de six hectares de prés et de forêts, avec vue imprenable sur le Lizieux, c'est dans le calme que nous partagerons le repas. D'inspiration protestante, La Costette est ouverte à tous et reçoit personnes seules, familles, groupes, associations, classes de découverte, séminaires, congrès et mariages en toutes saisons.

Frédéric André, professeur de SVT au Chambon  nous rejoindra pour le repas et nous partirons avec lui l'après-midi pour une "lecture de paysage",  direction Chaudeyrolles,  petit village typique du Mézenc.

Avec Frédéric, nous apprendrons que cette région du Massif Central, renferme à elle seule, toutes les catégories de volcans existant dans le monde. Prairies vallonnées et fleuries défilent sous nos yeux. Nous avons beau temps, c'est magnifique.

Les plus courageux suivront Frédéric à l'escalade du Mont Signon (1450m) vue à 360°,  le sommet est marqué par le gisement de lauzes qui serviront à couvrir les toitures de la région, car Chaudeyrolles,  jadis vivait de ses trois richesses, l'exploitation de la lauze, de la tourbe et du Fin Gras.

Le "Fin Gras" que d'autres, en visitant le musée, vont découvrir. Nous savons tout maintenant, sur l'agriculture du Mézenc, le foin, les races de vaches et cette viande d'excellence au saveur de fenouil qu'est le Fin Gras du Mézenc, l'élevage bovin et les savoir-faire paysans qui, pour faire connaitre leur région et sauver leur métier, ont créé ce produit AOP (Appellation d'Origine Protégée).

Il nous faut revenir vers Annecy,  après un petit arrêt près du lac de Saint Front, lac de cratère  d'explosion de forme circulaire et un au revoir à notre guide qui enfourche son vélo "couché" pour rentrer chez lui.

* ce qui m'a le plus marqué :  tout, car cette région de France nous était inconnue – ce fut du nouveau partout.
* Trois sujets d'émerveillement :
-la construction de l'avancée en surplomb de la cathédrale du Puy,
-les paysages
-la solidarité sur le plateau pendant la guerre, pour résister.

 

Si la nature est maitre d'œuvre,  cette région a développé une personnalité marquée en trois points :
– un vaste parc naturel de paysages variés
– un musée à ciel ouvert offrant un festival d'architecture remarquable, qu'il s'agisse d'habitat rural ou citadin, d'art sacré ou de châteaux de toutes les époques
– un refuge proposant une immersion dans un calme pastoral et champêtre où les hommes ont et marquent encore leur empreinte.
En trois jours, nous avons survolé ces trois dimensions et rencontré des acteurs locaux.
1 – Paysages de landes et pelouses, entre Loire et Ardèche, entre Maygal et Mézenc, où s'élèvent les hautes terres du Velay. Cette région fut appelée "montagne protestante", refuge pour eux après la révocation de l'Edit de Nantes en 1685.
2 – Architectural, par la visite des églises, monuments, fermes et villages typiques de cette région qui fut en son temps un haut lieu religieux et culturel.
3 – Refuge et non repli sur soi de ces femmes et hommes engagés aujourd'hui dans diverses actions locales, en communautés, en associations.

"Royaume du vent, de la neige et des infinis bleutés, nous avons ouvert nos yeux, nos oreilles tout au long de ce voyage et plus particulièrement avec Frédéric, notre guide du mercredi, où nous avons eu  à cœur de découvrir à travers une lecture de paysage, comment la nature et l'homme se sont frottés l'un à l'autre pour nous offrir des pages d'histoire toujours à réécrire."