THEOLOGIE MUSULMANE,  d'après le livre « L'hospitalité divine* » de Fadi Daou et Nayla Tabbara – quelques éléments de réflexion.

 L’Hospitalité divine*  est accessible à tout lecteur s’intéressant aux relations interreligieuses. Ce livre est écrit par deux voix libanaises, celle d’un prêtre maronite, professeur et coordinateur des relations interreligieuses au Patriarcat Maronite, et d’une musulmane sunnite, professeur de sciences religieuses et islamiques, tous deux engagés depuis longtemps dans les relations interreligieuses au sein de la Fondation Adyan dont le nom signifie en arabe « religions ».

Le terme « islam » vient étymologiquement du mot « salam » qui veut dire salut, paix, dérivé lui-même d'un radical sémitique « s.l.m » (l'arabe n'a pas de voyelles) qui signifie faire allégeance, sous entendu à Dieu.

Cette allégeance à Dieu est fondamentale dans la relation du musulman à son créateur car l'histoire de l'homme commence, selon le Coran, par une parole adressée et une parole rendue.

Qu'est-ce-que cette parole adressée ? « Selon le Coran tout semble indiquer que tous les hommes, avant de venir sur terre existent d'une certaine manière comme essences, essences créées avant la création. Dans cet avant, Dieu a parlé  à tous les descendants d'Adam » (Nayla Tabbara)

Selon cette conception, l'homme est ainsi, dès l'origine, plein de Dieu : « L'homme est, dans sa conception originelle, croyant et monothéiste » ( Nayla Tabbara)

A cette relation existentielle avec son créateur, l'homme doit répondre, à son tour, par un oui responsable, s'engageant à prendre en charge le dépôt sacré de la création qui lui est confiée. Il est instauré de ce fait, « khalife », lieutenant de Dieu sur terre.

Deux voies sont offertes à l'homme pour retrouver Dieu après sa création sur terre :

– l'une par un réveil providentiel de sa « fitra, » ce désir du divin placé en lui depuis sa conception originelle.

– l'autre par la voie de la révélation qui permet à l'homme, en suivant la religion, l'islam, de retrouver sa « fitra » et de trouver la foi. Cette démarche est qualifiée de « haniffyia » et place le croyant dans son statut de « muslim » (soumis) vis à vis de Dieu.

"Dans les deux cas, ce n'est pas Dieu qui se dévoile à l'homme après avoir été voilé, mais c'est l'homme qui enlève les voiles de sa conscience pour retrouver en lui le souvenir de son lien originel avec Lui." (Nayla Tabbara)

Ces deux chemins de foi ont conduit les musulmans à faire de la personne d'Abraham le Père et le modèle des croyants. Pourquoi ?

Abraham concilie en lui les deux voies d'approche de la foi. Il a tout d'abord rejeté les fausses divinités qui l'entouraient à Ur. Il a défait les voiles qui lui masquaient le Dieu unique. Il a trouvé le désir du divin placé en lui depuis sa conception originelle, sa « fitra ». Dans le même temps il a poursuivi sa quête de sens en suivant la voie droite de la religion du Dieu unique, en pur croyant, « hanif », soumis à Dieu, « muslim ».

Cette démarche d'Abraham correspond à l'islam au sens générique vu par le Coran comme une matrice pour toutes les religions agréées par Dieu. « L'islam représenterait ainsi le noyau de toute expérience spirituelle et religieuse, individuelle ou collective, dans laquelle l'homme reconnaît l'unicité de Dieu »   (Nayla Tabbara)

Les religions qui s'inspirent de cette démarche d'Abraham, de cet islam, sont dites dans le Coran, religions abrahamiques et sont considérées comme religions pures. « On retrouvera ainsi dans le Coran que Noé, Moïse, les apôtres du Christ se disent musulmans, croyants en Dieu, confiants en Lui et remis à Lui » (Nayla Tabbara)

Cet islam est distinct de l'islam au sens restreint qui identifie en tant qu'identité religieuse ceux qui croient en Mahomet et suivent son message. « C'est comme si le Coran avait deux registres, un registre supra identitaire qui tend à montrer l'unité dans la diversité et un registre qui nomme les identités et montre la singularité historique de la communauté musulmane guidée par la révélation coranique » (Nayla Tabbara)

                                                                                                            Jean-Paul Caniez  (décembre 2015)                                                    

* Pour les auteurs, « ce livre se veut un guide,  vers une manière de penser l’autre, dans la fidélité la plus grande à soi-même. » Et la dernière phrase de l’introduction exprime merveilleusement l’espérance dont ce livre est porteur : « Nous espérons que, pour tous les lecteurs, ce livre soit une étoile qui montre que les ténèbres de l’obscurantisme, du fanatisme, voire même du terrorisme, ne pourront jamais vaincre le soleil de la vérité et du bien, dont on voit le reflet sur les visages de tant de témoins chrétiens et musulmans. »  (recension prise sur le site www.Chrétiens de la Méditerranée.org)