LES FONTAINES DE L'EVEIL

Pour donner un éclairage complémentaire à la journée que nous a consacrée Thierry-Marie COURAU, nous vous proposons un écho de son livre «  Les fontaines de l’éveil  » (Cerf 2015), portant sur le dialogue entre cultures et religions chrétiennes et bouddhiques.

 

En toile de fond de ce livre, nous avons le voyage d’un jeune Français en quête de sens, sur les flancs de l’Himalaya. Il y fera la rencontre inattendue d’une vieille nonne tibétaine. Dans l’isolement il découvrira grâce à elle le secret objet de sa recherche : le désir d’être libre. Une sorte de conte pour une méditation sur le dialogue des cultures, l’exploration de l’expérience intérieure, avec beaucoup de lucidité et finalement une découverte pleine de finesse de la pratique bouddhique et de la voie chrétienne. Il faut dire en préalable, que cette rencontre entre deux spiritualités est le reflet d’un parcours personnel de l’auteur. En effet le frère dominicain Thierry-Marie Courau, spécialiste du bouddhisme auprès de la conférence des évêques de France, a comme le dit Mathieu Ricard dans la préface du livre « pris son temps » avant de nous parler. De longs mois de retraite, des centres bouddhistes occidentaux aux ermitages himalayens, lui ont permis d’aller en profondeur chercher à comprendre le chemin bouddhiste. Rien de superficiel donc, ni de confus.

 

Parlant à notre jeune voyageur la nonne tibétaine lui exprime ce qui à son sens rend le dialogue entre cultures et religions possible :

« Beaucoup estiment que le dialogue entre les religions est impossible. C’est parce qu'ils ne cherchent pas d’abord l’écoute de l’autre, mais l’accord. Et qui dit accord, dit accord sur ses propres positions, pas sur celles de l’autre. Ils découvrent douloureusement que l’autre n’a nulle envie de perdre ce qui fonde sa perception du monde, elle lui est essentielle, vitale.

 

A l’inverse d’autres rendent le dialogue impossible en promouvant une convergence de principe, systématique, qui nivelle toute différence. Le dialogue ne commence pas dans la reconnaissance de nos points communs ou la recherche de nos similitudes, mais en se mettant à l’écoute de l’autre pour apprendre à l’expérimenter, à le connaitre. »

Et l'auteur propose ce qui semble être la clé de cette réflexion sur le dialogue : « Au-delà de toute curiosité bienveillante, nous devons considérer l’autre comme supérieur à soi, comme détenteur d’une connaissance unique de la vie et de sa transcendance. Nous devons penser qu’il nous fait le cadeau de partager un autre éclairage ».

 

Ce n’est que lorsque nous devenons capables d’exposer la vérité que l’autre proclame de lui-même, sans chercher à la réduire ou à l’adapter à notre propre vocabulaire ou à notre propre vérité, que nous devenons homme ou femme de dialogue. Nous devons éprouver une joie et un enthousiasme devant le chemin religieux emprunté par l’autre, car tout chemin religieux, « s‘il est honnête et authentique exprime un aspect unique et original de la nature humaine. »

 

Enfin par la voix de notre nonne tibétaine, Thierry-Marie Courau nous rappelle que «  c’est parce que nous sommes capables d’habiter notre chemin en vérité que nous pouvons admirer celui de l’autre, sans l’envier ni le copier. »

 

Ce beau livre accessible et assez court contient d'autres petits trésors, comme par exemple les réflexions sur la méditation, l’entrainement de l’esprit ou la maitrise du mental.

Mais à vous de le lire pour en explorer les richesses…

Olivier Rapey